Témoignage d’ESPOIR

Je vais toujours me souvenir du souper entre filles lorsque une des mes amies  m’a dit  que l’on devrait abréger la vie des personnes souffrant d’Alzheimer, car de toutes les façons, elles n’ont plus leur tête.

Cette réplique m’avait vraiment blessée. Même si la maladie grugeait peu à peu l’esprit de Colette, ma mère-substitut, il n’en reste pas moins que je l’aimais toujours.  Quand la maladie s’installe, on ne sait jamais à quelle vitesse et comment elle va évoluer.  Dans le cas de Colette, presque  dix années se sont écoulées avant qu’elle décide d’elle-même d’arrêter de se nourrir.

Quand je pense à elle,  je me souviens de deux femmes. La première, celle qui m’a élevée, une femme aimante, généreuse et dynamique. Et, la deuxième, une femme aimante, fragile et égarée.  Je me souviens de son magnifique sourire et ses yeux clairs à toutes les fois qu’elle me voyait entrer dans sa chambre. Même si les deux dernières années de sa vie elle ne se souvenait plus de mes enfants, de qui j’étais et même de mon nom, durant ces années j’ai appris vraiment ce qu’était l’amour inconditionnel ; d’apprendre à lâcher prise ; de vivre le moment présent.  D’être submergée d’amour et de tristesse en dansant et chantant avec elle, ou en jouant une partie de paquet voleur. Pendant toutes ces années, à tour de rôle, moi, ma sœur et mon frère (de la fesse gauche comme disait Colette) nous nous sommes relayés pour prendre soin d’elle.

Force est de constater que la maladie d’Alzheimer est une faucheuse d’âme, une «grugeuse» de dignité, mais quand Colette a arrêté de marcher, quelques jours à peine se sont écoulés avant qu’elle ne cesse d’elle-même de manger et de boire. Il n’y avait rien à faire, les mots emprisonnés dans sa tête, les lèvres serrées, elle contrôlait son corps. Un réflexe diront certains, moi, je crois que nous avons encore beaucoup à apprendre sur la maladie. J’aime penser que Colette s’est éteinte dans la dignité et que notre amour l’a aidée à traverser cette terrible maladie.

Joanne Poulin